26 Mars 2015 — 25 Avr. 2015

Les Papiers de la Liberté

THÉODORE MANN

Artiste peintre et poète, Théodore Mann est né le 8 février 1985 à Lyon. Autodidacte, il commence à peindre sur bois, profitant de multiples chutes récupérées à l'atelier de menuiserie qu'il fréquente dès l'âge de 18 ans.

Ses œuvres récentes, réalisées essentiellement à l’encre, s’imprègnent aussi bien d’irruptions de formes irrationnelles que parfois plus sensées comme « son approche de la tête » repoussant ainsi au plus loin les limites de la figuration en y incluant avec énergie la force de l’esprit.Leurs exécutions – spontanées, concentrées et largement improvisées – priment sur l’objet produit; Seul comptent les traces des gestes qui les ont engendrées comme en témoigne cet extrait d’une correspondance avec son père, décédé en 2008, à qui il s'adressait :« ...peignant, je disparais. Comme au plus profond d’un trou aux étranges reliefs lumineux. Non loin d’ici, un passant pourrait hurler, un chantier remuer bruyamment pierres et terre, ou encore un immeuble s’effondrer, que cela ne saurait vraiment m’atteindre ; au moins jusqu’à la fin du geste qui aura été ma seule et véritable obsession ».

Il a besoin, pour s’exprimer, d’utiliser comme support un papier « ancien », peu importe sa nature à partir du moment où il porte en lui les germes d’une vie passée. Ce papier, Théodore Mann va parfois le maltraiter jusqu’à le perforer comme dans sa série des « enfoncements » où l’artiste exprime un sentiment de désespoir mais aussi de profonde révolte face à la vision de cette société en décomposition : à sa façon, il arpente les ruines d'un hier dont il poursuit aujourd'hui l'héroïque avancée. Sur ces ruines, Théodore Mann va recréer un monde nouveau. Avec ses traces, grattages et incisions, autant de moyens d’expression qui échappent totalement à toute forme de définition et à la tradition, il nous propose un voyage où chacun est libre d’aller là où bon lui semble : un véritable saut dans le vide, une confrontation avec l’inconnu.

Comment ne pas faire le parallèle avec l’art informel d’après-guerre de Camille Bryen, Henri Michaux, Gerard Schneider, Wolfgang Schulze dit Wols… ? 1945 – 2015 : 70 ans les séparent et pourtant...ils ont en commun cette même souffrance provoquée par une société qui vacille sur ses fondations, cette même écriture, cette énergie et cette volonté de vouloir récréer un monde nouveau. Les associer fut donc une évidence.

Avec cette deuxième exposition intitulée «  Les Papiers de la Liberté », je vous propose un face à face, une confrontation entre des oeuvres sur papier des années 50 de Bernard Schultze et Bruno Müller provenant toutes de la Galerie Daniel Cordier* et les dernières recherches de Théodore Mann sur la tête, le trait et les enfoncements.

Christophe Mottet

* Quand on évoque le nom de Daniel Cordier, il est difficile de ne pas évoquer celui de Jean Moulin dont il fut le secrétaire. Quand il quitte son rôle d’hommes d’armes pour devenir un homme de l’art, il devient rapidement un des marchands d’art moderne (et notamment d’art informel) les plus actifs de l’après-guerre avec l’ouverture de trois galeries : Paris (1956), Francfort (1959) et New-York (1960)

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